Texte d'Hanipaganda

Réveil, repas, bus, ennui, bus, devoirs, repas, jouer, soleil levé. Telles sont les activités qui rythment les journées d’Adrien. Ça n’a jamais changé depuis le début de l’année.

 

Finalement arrivé au lycée, casque vissé, il esquive les conversations fatigantes avant de se planter devant la salle, attendant le début du cours. Autour de lui on parle de tout et de rien : la soirée de ce week-end, la dernière paire de baskets achetée, etc. Adrien s’en fiche, ce genre de conversations ne l’intéresse pas, et ne sont pas entendues, à cause du volume déraisonnable de sa musique. Mais il ne va pas non plus tenter de démarrer une conversation, il n’a rien d’intéressant à dire, en tout cas c’est ce qu’il se dit. Et si sa musique est aussi forte, ce n’est pas tant pour ne plus entendre les autres que pour masquer la cacophonie de ses pensées, intensifiées par le manque de sommeil et le bac et le stress de l’orientation arrivant. 

 

“Tiens, le prof est arrivé, ça a dû sonner.”, se dit-il. 

 

Pendant les cours, Adrien est dans un état de zombification, sauf qu’au lieu de chercher des gens à manger, il note le cours, et fait des micro-siestes pendant les exercices. Toutes les journées depuis plusieurs mois sont comme ça. Quelques fois, on va lui demander des feuilles, ou venir lui parler. Il ne fera que répondre sans vraiment tenter de masquer sa fatigue. Adrien a conscience que son sommeil lacunaire est nocif, mais dans un coin de sa tête, ça l’arrange. 

 

“De toute façon, la vie me fatigue déjà trop pour que le sommeil rattrape quoi que ce soit, et puis j’ai plus de temps libre sinon”, se répète-t-il. 

 

Au fond de lui, il attend juste que tout s’arrête, incapable d’agir lui-même. Chaque incident dans sa vie fait resurgir ça, malgré ses efforts colossaux pour enfouir ces pensées.  

Cette journée aurait pu être très banale, mais au même moment avait eu lieu des tests avec une machine, dans les laboratoires du lycée, financés, et même contrôlés, par la multinationale Silva, connue pour ses innovations qui semblent sortir de nulle part, comme magiques. 

On ne sait pas grand-chose sur leurs recherches, ceux cherchant à faire fuiter des informations disparaissant mystérieusement. Mais malgré toutes ces rumeurs, la direction du lycée leur a permis de s’installer, le billet étant bien trop alléchant. Personne ne s’en plaint vraiment, tout le monde profite de ce financement, et aucun incident ne s’étant déroulé. Jusqu’à ce jour, où la machine sur laquelle travaille Silva, explose. Enfin, pas vraiment une explosion, plutôt un flash lumineux, vidant purement et simplement le lycée de sa vie, les corps disparus. Adrien, lui, n’a eu à peine le temps de se rendre compte de la puissante lumière que son âme était déjà partie.

 

Adrien se réveille chez lui, il n’y a personne d’autre. Personne dans les rues non plus, la ville semble déserte. Il commence à stresser, il se souvient du flash blanc juste avant de se réveiller aussi. Tout est identique à ses souvenirs, les habitants en moins. 

Il reçoit un message : “Rejoignez votre classe au plus vite, des ennemis redoutables vont arriver pour vous tuer sinon.” 

Adrien, paniqué, envoie des messages, mal écrits, non relus, avec des majuscules à des endroits inappropriés, à ce numéro qui tente de le contacter. Il attend plusieurs minutes, pas de réponse, pas même un « Lu ». Il ne peut rien espérer récupérer comme information, si ce n’est que c’est un numéro lambda, un simple 06.

 

Un cri, un court tremblement de terre, ils sont déjà arrivés. Adrien regarde par la fenêtre, des monstres gigantesques, de la taille des immeubles autour, rôdent, d’autres sillonnent les airs en volant, il remarque également des petits monstres qui arpentent les rues à la recherche de proies. 

Mais au moment où Adrien s’est résigné à sortir, il se rend compte qu’il n’a aucun moyen de retrouver sa classe, de la contacter. Il veut rester enfermé, en sécurité chez lui, mais il sait qu’il est obligé de sortir, au risque de mourir de faim, ou même de se faire tuer par ces monstres, dont l’infanterie semble se diriger vers les immeubles. 

Voyant cela, Adrien se souvient que sa cave lui permet de sortir par l’arrière du bâtiment. Il se rue alors vers le sous-sol, sans remarquer le boucan qu’il fait à cause de son casque. Sans qu’il s’en aperçoive donc, les monstres vont vers lui. C’est alors qu’à la sortie, il tombe nez-à-nez avec des monstres volants. 

 

Des monstruosités à la mâchoire dégoulinante de salive, avec des griffes métalliques acérées, portées plutôt difficilement par des ailes trouées par endroits. Leurs yeux rouge sang ont repéré leur prochaine victime.  Adrien, terrorisé, se couvre les yeux tandis que les deux abominations fondent sur lui. 

 

Mais alors que le destin de notre protagoniste semblait scellé, une intense lumière enveloppe ce dernier. 

Les créatures se sont brisés les griffes. Alors qu’Adrien cesse de briller, il se découvre recouvert d’une épaisse armure de plates, avec une hache dans sa main droite. Malgré son aspect massif, l’armure se révèle plutôt légère et n’entrave pas ses mouvements. Adrien ne se pose pas de la question du réalisme, car devant lui se tiennent deux choses qui violent les lois de la physique. 

Les monstres se mettent alors à cracher du feu, incapables d’attaquer au corps-à-corps.

 

Adrien ne parvient pas à éviter le souffle. Bien que les dégâts soient minimisés grâce à son armure, la chaleur n’arrête pas d’augmenter, l’étouffant très rapidement. Alors que son corps devient brûlant et que ses forces commencent à l’abandonner, il entend d’autres personnes, quelqu’un utilise un extincteur sur lui et il voit les têtes des monstres se faire trancher. Il tombe ensuite au sol, son armure et son arme disparaissant, comme si elles étaient fantomatiques. 

 

Adrien se réveille, sur un lit, dans une pièce qu’il ne reconnaît pas. Il se lève en sursaut, rassemblant ses derniers souvenirs et regardant autour. Pas d’ennemis, il n’y aurait pas de raison d’en avoir, mais sait-on jamais. Quelqu’un, ayant entendu le réveil d’Adrien, entre. Un adolescent qui est arrivé en même temps que le groupe Silva dans sa classe, Adrien se souvient de son nom : Josh. Il fait environ 1m75, des cheveux noirs recouvrant son crâne et son œil droit, il porte une veste en cuir ouverte avec un col montant, le reste de sa tenue étant plutôt basique, avec un jean et des chaussures en cuir. Josh demande à Adrien s’il est bien réveillé, ce dernier se contentant de hocher la tête. 

 

Josh lui dit alors : “Heureusement que je t’ai trouvé à temps. Bon, tu dois te poser un tas de questions ? Ça tombe bien, le nombre de réponses que je peux te proposer tend vers 0.” 

 

Adrien est perplexe devant cette formulation de phrase. 

 

Josh remarque et continue : “Pour faire court, moi non plus je sais pas trop dans quelle merde on est. Tout ce que je peux te dire, c’est que notre classe, qu’on doit retrouver, est en train de se réunir au lycée.” 

Adrien demande alors si tout le monde a bien reçu le même message et pourquoi ils devraient suivre ses indications. 

 

Josh répond : “De ce que j’en sais, tout le monde a reçu le message, apparemment il ne resterait que les gens qui étaient au lycée avant le gros flash blanc que t’as obligatoirement vu. Nan sérieusement ça devait péter la barre du zettalux. Bref je m’égare, pourquoi on doit rejoindre notre classe tu disais ? Je sais pas pour toi, mais perso je dois y aller pour les protéger. Parce que t’as eu de la terachance que ton pouvoir apparaisse.” 

 

Adrien l’interrompt : “D’ailleurs c’était quoi l’armure et tout, et puis t’as fait comment pour les buter ces trucs ?” 

 

Josh répond : “Alors une question à la fois. D’abord, le fameux pouvoir dont j’ai parlé, que je possède aussi, c’est pour ça que j’ai pu te sauver, et bien ça s’appelle un Doppelgänger. D’ailleurs le tien ne fonctionne pas comme les autres. D’habitude, un Doppelgänger est un Moi idéalisé que l’on peut invoquer. Mais dans ton cas, il n’apparaît pas, tu n’as que l’équipement, que tout le monde a.” 

 

Josh se met à réfléchir quelques instants, puis semble reprendre ses esprits : “C’est vrai, maintenant on va pouvoir rejoindre les autres. D’ailleurs, faut que je te présente ton autre sauveuse à l’extincteur.”  

 

Josh emmène Adrien dans une pièce à côté, où est assise dans un fauteuil, pianotant sur son téléphone, une autre personne de sa classe, Émilie, une adolescente tout en noir : ses longs cheveux, son pull, arborant le logo d’un groupe de métal connu, sa jupe et ses chaussures. Elle fait un petit signe de la main quand elle aperçoit Adrien. 

 

Josh dit alors à Adrien : “C’est Émilie qui t’a donné un petit coup de froid.” 

 

Josh remarque que personne n’a réagi à sa “blague”, si on peut considérer ce qu’il vient de dire comme tel. 

 

Il reprend alors après s’être raclé la gorge : “C’est elle qui nous met en contact avec le reste de la classe, ouais j’en n’ai aucun non plus. Bref, je l’ai trouvée alors qu’elle se faisait pourchasser par des monstres au sol, d’ailleurs elle court vachement vite malgré sa tenue peu adaptée.” Émilie répond instantanément : “Parce que ton jean l’est peut-être ? Apparemment, monsieur je-sais-tout-mais-pas-trop-non-plus a fini de parler, donc je peux enfin vous dire que tout le monde se réunit au lycée et qu’il y en a pas mal qui nous attendent là-bas.”

  

Les trois lycéens se dirigent alors vers le lycée, situé à proximité de l’appartement où ils étaient. Adrien se rend compte qu’il est resté endormi plutôt longtemps, puisqu’on est déjà à la fin de la journée. Une fois arrivé, Josh prend déjà un rôle de leader, car le seul sachant se défendre face aux monstres, sans compter Adrien, qui lui n’en n’a toujours pas battu. C’est alors qu’on lui apprend qu’une dizaine d’élèves, soit la moitié de la classe, n’est toujours pas arrivée. Pour ajouter encore plus de pression, un nouveau message est reçu par tout le monde, y compris les élèves des autres classes, et il provoque une vague de terreur au lycée.